2013, Le Comédien pris à son Jeu

En 2013, nous avons joué le Comédien pris à son jeu.

 Retrouvez les photos dans l'album.

Le comédien pris à son jeu

A Moscou, dans la première moitié du vingtième siècle, au Grand Théâtre National, on prépare une pièce à grand spectacle, « le Christ en redingote ». Les affiches annoncent que le rôle du Christ sera tenu par la vedette du temps, Alexandre Rostopchev, un athée militant. Propagande anti-chrétienne, la première partie de la pièce expose complaisamment les débauches, vices et exactions des religieux pendant vingt siècles de christianisme. Au second acte, Alexandre Rostopchev entre en scène, costumé à l’exemple du Christ de l’antique iconographie byzantine. Progressivement, le Christ doit démontrer dans un lent cheminement une prise de conscience où il reconnait s’être trompé, et renonce au Royaume des Cieux, puis quitte ses vêtements d’or, pour revêtir la redingote. Entré en scène, le Christ- Rostopchev- ouvre un grand livre et commence : « Heureux les pauvres en esprit, le Royaume des Cieux leur appartient. Heureux les doux, ils posséderont la terre ». L’effroi semble avoir saisi l’acteur, pâle, éperdu, bouleversé, son visage ruisselle de sueur. Il poursuit : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés. Heureux les Miséricordieux, ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu. Heureux ceux qui souffrent persécution pour la Justice, car le Royaume des cieux est à eux. Heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera, et que l’on dira faussement toute sorte de mal à cause de Moi, Réjouissez-vous soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les Cieux. » Dans la salle, silence, personne ne l’a interrompu. Alors Rostopchev, avec une lenteur solennelle trace un grand signe de Croix. Et ployant les genoux : « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume ». Le rideau tombe.

Rostopchev vient de revivre l’histoire du grand saint protecteur des comédiens de théâtre, saint Genest. Le masque de théâtre est tombé et a dévoilé l’âme, l’acteur n’est plus, l’homme parait dans la Vérité transcendé par la grâce.

Quels beaux exemples pour conclure ensemble l’année de la Foi !

 

Genest est un illustre comédien et metteur en scène à la cour de l’empereur Dioclétien en 303 après Jésus-Christ.

« Panis et circences », « du pain et des jeux » réclame le peuple romain. Le christianisme a maintenant trois siècles d’existence, siècles ponctués de persécutions et de paix précaires pour la nouvelle religion qui s’étend mal et gagne les plus hauts rangs de la société romaine. Cette même année, les persécutions ordonnées par Dioclétien sont à leur sommet ; à Nantes, ce sont les martyrs des saint Donatien et saint Rogatien.

Nicomédie est une ville située sur les bords de la mer noire, proche de la future Constantinople (aujourd’hui appelé Istanbul), c’est ici que le pouvoir romain s’est installé, délaissant Rome. L’empire est à son apogée mais pourtant proche de sa chute (en 496). Avide de plaisirs, l’empereur Dioclétien commande un spectacle d’un genre nouveau…

 La renommée de l’histoire inspirera à jamais poètes et comédiens : Jean Rostrou, Nicolas Desfontaine tous deux au XVIIe, Henri Géhon au XXe ; ces trois auteurs auxquels nous emprunterons de larges citations de leurs œuvres, ce soir. Nous pouvons aussi citer parmi ces auteurs relatant l’histoire de Saint Genest, François-René de Chateaubriand au XIXe qui le met en scène dans son  ouvrage intitulé  « les martyres » il fait proclamer à Genest : « Ne craignez plus, je suis votre frère ! Tout à l’heure encore je blasphémais vos saints mystères, j’amusais la foule autour de moi ; dans mes jeux criminels, j’ai demandé le martyrs et le baptême. Aussitôt que l’eau m’a touché, j’ai vu une main qui venait du ciel, et des anges lumineux au-dessus de ma tête ; ils ont effacé mes péchés dans un livre. Tout à coup changé, j’ai crié sérieusement : « je suis chrétien ! »…J’ai raconté ce que j’avais vu. On m’a battu de verges et je suis venu mourir avec vous. »

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